Premier jour de mise en ligne - Le bleu n'est pas une couleur qui m'est intime. Mais cela s'est imposé ainsi, même si je me méfie du joli que le mot bleu peut laisser entendre. Le trait bleu sur la feuille, nostalgie de l'écriture à l'encre… et bien non.
Une trace bleue c'est plus violent. Comme la veine que l'on voit battre sous la peau et prendre du relief. L'appel au rasoir et c'est du rouge qui jaillit.
C'est l'ecchymose. La trace laissée par les coups sur la peau et sous la peau. La douleur (qui s'efface).
Les bleus de l'enfance parce que jouer est dangereux. Coups de pédale du vélo, murs à gravir, frères batailleurs. Parce que grandir est dangereux et les claques parties trop vite.
Le bleu absent du ciel de Lorraine et qu'il restait le bleu de la tenue de travail des ouvriers, troqué plus tard pour le bleu des Schtroumpfs, parc d'attractions qui donne des emplois aux chômeurs. Et le père qui fait «bleu » quand il oublie d'aller au boulot.
Blau en allemand qui signifie aussi être ivre.
L'obstination du bleu Klein
Fond d'écran de l'ordinateur.
Bleu métallisé des eaux profondes qui réinventent le vert.
La fumée bleutée d'une cigarette - Gitane, Gauloise, paquets bleus - les cigarettes que je ne fume plus. Mais toujours l'envie.
L'encre noire du tatouage qui bleuit avec le temps. Mon tatouage d'avant la mode. La trace, l'empreinte, la cicatrice, le souvenir, le gravé. Une histoire de peau. Dans la peau.
Bleu palpitant.
La trace bleue - pourquoi pas.
La Pacaudière. Village de la Loire, inconnu jusqu'alors. Vaguement, Roanne située à un quart d'heure, pour le célèbre restaurant Les Trois Gros. Collège, Jean Papon, un peu en dehors du village. Malgré les travaux, j'arrive à l'heure. Il faut comme à chaque rencontre, trouver le parking, la porte d'entrée, sonner à l'interphone. Les écoles sont des lieux clos, on n'entre plus comme on veut et des caméras qui surveillent l'en-dehors. Parfois on salue quelqu'un qui jamais ne demande qui on est. S'il est difficile de franchir le portail, ensuite on peut déambuler dans les lieux sans que personne ne s'inquiète. Puis une silhouette s'approche : C'est vous l'écrivain ? Je me retrouve très vite en compagnie de l'enseignante et de la documentaliste, l'usage veut que le mot professeur précède celui de documentaliste. Il est des insistances qui soulignent plus qu'ils ne gomment les différences. Combien d'année déjà que l'on pratique le colportage littéraire ? Les élèves arrivent et c'est dans le bruit que l'on installe les tables et les chaises. Ils ne s'assoient pas, ils s'affalent. Ce mélange d'énergie et de fatigue soudaine qui habite l'adolescence depuis toujours. Au début, il y a une vraie distance entre eux et moi, comme un froid. Il faut dire que j'arrive avec mon bagage de livres, de textes, de noms d'écrivains et de propositions d'écriture. Et tous les préjugés sur ce que pourrait être ou devrait être la littérature. Des tonnes de poussière et pas mal de méfiance. Ils attendent soucieux de l'écriture qu'il leur faudra fournir mais curieux tout de même de ce métier que j'ai choisi. Est-ce d'ailleurs un métier ? A ce moment-là ils sont un tas dont je ne parviens pas à détacher un visage du nombre, même si le plus turbulent se fait vite connaître (reconnaître) et j'ai tendance à penser que c'est surtout le plus anxieux. Je me présente. Au rythme des lectures, ils deviennent regards, visages, corps et voix. Ils s'étonnent de ce qui s'écrit chez eux, chez les autres. Puis ce garçon avec déjà une voix d'homme qui n'en revient pas d'avoir écrit et dit de la poésie. Il pensait que ce n'était pas pour lui. Puis cette jeune fille qui veut bien retravailler son texte parce qu'elle s'y dévoile trop vite et qu'il faut savoir donner une place aux lecteurs. Puis je montre mes carnets et explique comment l'écriture ne se fait pas seulement devant l'ordinateur mais qu'il y a aussi la marche en ville ou en campagne, les photos des usines, les collages, le blog et je les entraîne à l'extérieur noter ce qui fait le paysage habituel mais que j'invite à regarder aujourd'hui différemment : les arbres qui grelottent, le ciel mince, le têtu des oiseaux, les murs distants, les ordinateurs silencieux (leurs mots à eux)... On s'apprivoise et ils finissent par donner de la confiance, et le professeur s'étonne car souvent en atelier, il y a un ou une retirée dans le fond de la classe qui transcrit un bout de vie qui nous émeut par sa justesse. La classe n'est plus un tas. Et le plaisir aussi de voir qu'ils ne s'envolent pas tout de suite quand la sonnerie qui est maintenant une musique, annonce l'heure du départ. Je dis au revoir, on se dit merci.
C'est déjà loin. Parce qu'il y avait l'été là-bas à l'île de la Réunion, et de la chaleur je suis passée à la froide attente - 3 heures - dans l'horrible gare de Massy. Tenter de se mettre à l'abri des courants d'air et l'odeur violente de la salle d'attente trop petite. Loin déjà le Théâtre des Bambous et son équipe, et pourtant je reste émerveillée que d'autres artistes se soient intéressés à l'un de mes textes et ont mis de l'énergie et de l'argent pour qu'il existe sur scène, pas la première fois, mais ce que cela répare de tous les doutes, parce que l'on croit parfois avoir usurpé une place. Et l'on découvre aussi une île et une langue créole qui transforme le poème en Fonnkèr (ce qui se dit du fond du cœur). A l'équipe de là-bas, j'ai osé dire que je reviendrai, ils ont répondu : ok on t'attend. En attendant je continue à habiter ce monde avec mes mots, avec ma langue et mes différences. Je suis dans la place. Tout simplement.
#Dans la nuit. Lire. Embarquer des revues, des journaux, des carnets. Embarquer dans le lit James Baldwin, Antoine Wauters, Kathy Acker. Grand le lit. Insomnie.
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