[le site de Fabienne Swiatly ]

La trace bleue

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C'était dans le train Lyon-Grenoble, je lisais un article dans Libération-papier, je précise papier tant il est devenu rare de voir quelqu'un lire le journal, hormis les gratuits. C'était le numéro double du 31 décembre et je lisais un article sur les attaques d'Israël contre les Palestiniens de la bande de Gaza. Je lis et souligne du feutre, les mots de la journaliste (son nom m'échappe mais c'était une femme) : elle évoquait le nombre limité de victimes civiles. De mémoire, il me semble que c'était ces mots-là.

Limité, j'en suis certaine. J'ai souligné car je ne parvenais et ne parviens toujours pas à accepter (assimiler) l'assemblage de mots. A qui est lié ce mot de limité. Qui a décidé la limite. Limite par rapport à l'ampleur possible du conflit ? Par rapport à un quota acceptable ? D'ailleurs j'ai oublié le chiffre (moins de 20 en tout cas - est-ce mon quota d'inacceptable ?). Je me souviens d'avoir relu le passage plusieurs fois avec la sensation désagréable que le mot n'était pas limité pour la famille, les amis et certainement pas pour les victimes. Un mort est un mort. Un futur fauché. Un avenir spolié. Pas de limites à l'insupportable. Et si je parvenais à comprendre la difficulté pour la journaliste à faire un raccourci pour exprimer le moins grave que prévu, malgré tout, le vocabulaire exprimait très exactement l'insupportable.

Ayant égaré mon Libération-papier, j'ai voulu ensuite retrouver sur le site l'article en question, pas trouvé et je me suis rendu compte que l'information évolue d'une autre manière sur le net que sur le papier. J'ai ressenti physiquement cette différence, et je ne saurais dire si c'est mieux ou pas, mais il y a bien un flux particulier sur le net qui est totalement différent que celui de l'imprimé. Il  exige un autre travail de la mémoire. Pourtant je suis une grande utilisatrice de l'outil. Mais en quête d'une information précise, soudain j'étais perdue. Je cherchai une information lue sur le journal papier le 31 janvier à 13 h et il a été avalé par le flux de l'information. C'était exactement cela, le nombre limité de victimes civiles du 31 décembre avait disparu dans le flux par contre le nombre de Palestiniens tués était à cette heure précise de 18h01 au 4 janvier 2009, limité à 40.

Sabine Bourgois me permet de rétablir la réalité et vérifier que je n'étais pas loin  :

La relève des déchets recyclables est pour demain, je suis donc descendue dans l'abri de jardin ouvrir un sac avant le jour fatidique, pour essayer d'y retrouver le Libé du 31 décembre. Ouf ! Il y était !
 Page 22 la correspondante à Jérusalem, Delphine Matthieussaent, mentionne en effet : "Après l'euphorie des premiers jours, marqués par la réussite de l'effet de surprise, la retenue des condamnations internationales et le nombre relativement limité de civils palestiniens tués par les frappes aériennes, le gouvernement israélien est maintenant confronté aux vraies questions." etc.. etc..
 Dans un encart à proximité de l'article intitulé "les faits du jour" on trouve des chiffres : "Les raids de l'aviation israéliennes ont fait 12 morts mardi à Gaza, portant le nombre de victimes palestiniennes en quatre jours à près de 370 morts (dont 60 civils) et 1700 blessés"